
À l’Est de la RDC, l’ANAFAC investit dans les compétences des femmes leaders autochtones pour qu’elles conçoivent, dirigent et pérennisent elles-mêmes les initiatives de protection des forêts : restauration des écosystèmes, gestion durable des ressources naturelles et valorisation des savoirs autochtones.
Des forêts sous pression, des femmes en première ligne
À l’Est de la République démocratique du Congo, les paysages forestiers subissent une dégradation accélérée. La pression démographique, la coupe du bois de chauffe, l’agriculture sur brûlis, le surpâturage et l’érosion des berges se conjuguent aux effets du changement climatique pour appauvrir les sols, réduire le couvert végétal et fragiliser les moyens d’existence des communautés qui en dépendent.
Pour les femmes autochtones, cette dégradation se traduit très concrètement : des distances plus longues pour collecter l’eau et le bois, des récoltes plus incertaines, des revenus plus rares. Ce sont elles qui, les premières, mesurent le recul de la forêt — et ce sont elles qui détiennent l’essentiel des savoirs relatifs aux essences traditionnelles, aux semences locales et aux calendriers culturaux.
Un choix stratégique : investir dans les compétences des femmes leaders
Partant de ce constat, l’ANAFAC a fait un choix précis : plutôt que de conduire des activités de protection des forêts au nom des communautés, l’alliance investit dans les capacités des femmes leaders autochtones afin qu’elles conçoivent, dirigent et pérennisent elles-mêmes les initiatives communautaires.
Ce déplacement change la nature de l’intervention. Les femmes autochtones ne sont plus des bénéficiaires d’un programme conçu ailleurs : elles en sont les maîtres d’ouvrage. La compétence technique, la capacité d’organisation collective et la légitimité à négocier avec les autorités locales deviennent alors les véritables produits du projet — bien plus durables qu’une plantation livrée clé en main.
Quelles capacités sont renforcées ?
Le renforcement des capacités porte sur quatre registres complémentaires, chacun correspondant à une fonction que les femmes leaders assument ensuite sur le terrain :
- les compétences techniques : production de plants en pépinière, choix des essences traditionnelles, calendriers de mise en terre, entretien et suivi des taux de reprise, techniques agroécologiques et conservation des semences ;
- les compétences organisationnelles : constitution et gestion de groupements, répartition des responsabilités, planification des campagnes de plantation et suivi des superficies restaurées ;
- les compétences économiques : conduite d’activités génératrices de revenus — maraîchage, arboriculture fruitière — et mise en marché de la production ;
- les compétences de plaidoyer et de gouvernance : connaissance des droits, dialogue avec les autorités locales et participation aux instances de gestion des ressources naturelles.
Des capacités qui se traduisent en initiatives dirigées par les femmes
Ces compétences ne restent pas théoriques : elles se matérialisent dans des dispositifs que les femmes leaders autochtones pilotent directement. Sept pépinières villageoises, une par village, sont tenues par des femmes autochtones formées à la production de plants. Dix champs-écoles autochtones et dix groupements agroécologiques fonctionnels servent de lieux d’apprentissage entre pairs. Trois banques semencières communautaires sécurisent l’accès à des semences adaptées aux conditions locales.
C’est sur cette base que la restauration a pu être conduite à grande échelle. Dans la plaine de la Ruzizi comme dans les villages riverains du fleuve Congo aux périphéries de Kindu, les femmes et les jeunes filles autochtones ont assuré l’ensemble de la chaîne : production des plants, plantation, protection des berges et suivi des parcelles.
| CAPACITÉS RENFORCÉES ET RÉSULTATS OBTENUS | |
| Compétences techniques | 50 femmes autochtones formées comme pépiniéristes et 640 femmes formées aux techniques agroécologiques |
| Leadership et droits | 450 femmes et jeunes filles leaders autochtones accompagnées vers la prise de responsabilités dans les instances locales de décision |
| Dispositifs dirigés par les femmes | 7 pépinières villageoises, 10 champs-écoles autochtones, 10 groupements agroécologiques et 3 banques semencières communautaires |
| Restauration – plaine de la Ruzizi (Sud-Kivu) | 450 000 arbres plantés et 1 125 hectares de terres dégradées restaurés |
| Restauration – périphéries de Kindu (Maniema) | 812 000 arbres traditionnels plantés, 1 650 hectares restaurés et berges du fleuve stabilisées |
| Revenus | 120 femmes autochtones petites productrices accompagnées en maraîchage |
| Performance agricole | Hausse moyenne des rendements de 34 % sur les parcelles de démonstration et adoption de pratiques durables par plus de 80 % des participantes |
Gérer durablement les ressources naturelles
La protection des forêts ne se joue pas uniquement dans la plantation d’arbres : elle dépend de la manière dont les ressources sont gérées au quotidien. Les femmes leaders formées par l’ANAFAC animent la structuration des groupements, la gestion des banques semencières et la diffusion des techniques agroécologiques auprès de leurs pairs.
L’objectif est de desserrer la pression sur les ressources forestières restantes. Lorsqu’un ménage dispose d’un revenu issu du maraîchage ou de l’arboriculture fruitière, la coupe du bois cesse d’être la seule option disponible. Les revenus générés soutiennent ainsi directement la conservation des superficies restaurées.
Valoriser les savoirs autochtones comme compétence reconnue
Le renforcement des capacités mené par l’ANAFAC ne substitue pas des connaissances importées aux savoirs existants : il les articule. Le choix des essences traditionnelles, la connaissance des calendriers culturaux, la sélection et la conservation des semences locales constituent la matière première de toute stratégie d’adaptation réellement ancrée dans son territoire.
Les banques semencières autochtones communautaires en offrent l’illustration la plus directe. Gérées par les femmes elles-mêmes, elles sécurisent l’accès à des semences adaptées, réduisent la dépendance à des approvisionnements extérieurs incertains et protègent un patrimoine génétique menacé par la dégradation des terres.
La durabilité comme critère central
En internalisant les compétences au niveau villageois, l’approche supprime la dépendance à une expertise extérieure et installe localement la capacité de poursuivre l’action au-delà de la durée des projets. Une pépinière tenue par des femmes formées continue de produire des plants ; un groupement structuré continue de négocier et de planifier ; une leader outillée continue de siéger et de défendre les priorités de sa communauté.
C’est là le principal acquis : l’ANAFAC ne laisse pas seulement derrière elle des hectares restaurés, mais des femmes capables de restaurer davantage.
Perspectives
L’ANAFAC entend poursuivre la formation de nouvelles cohortes de femmes leaders autochtones, consolider les superficies restaurées, renforcer les pépinières et les banques semencières villageoises, et étendre progressivement l’approche à d’autres zones dégradées de l’Est du pays. L’alliance invite les partenaires techniques et financiers intéressés à se joindre à cette dynamique, aux côtés des femmes autochtones qui en sont les premières actrices.
| À PROPOS DE L’ANAFAC L’Alliance Nationale pour l’Adaptation des Femmes Autochtones aux Changements Climatiques (ANAFAC) est une organisation congolaise qui œuvre à la reconnaissance des droits des femmes et des jeunes filles autochtones, au renforcement de leur leadership et à leur pleine participation aux stratégies d’adaptation aux changements climatiques en République démocratique du Congo. Son action articule la défense des droits, le renforcement des capacités, la restauration des écosystèmes et le plaidoyer auprès des institutions locales, nationales et internationales. |
Équipe de communication ANAFAC
